LES DECOUVREURS

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lundi 12 octobre 2015

JOUBARBE DE CAMILLE LOIVIER.


JOUBARBE.jpgIl y a des bêtes vivantes et des animaux morts. Des perruches qui pourraient voler mais ne sortiront pas de leur cage. De l’ivoire qui n’est que du plastique jauni. Des choses lourdes aussi. Pas très belles. Encombrantes. Avec au milieu l’enfance. Qui ne finit jamais. Comme une petite cour. Un simple puits de lumière. Sur quoi s’ouvrent les fenêtres arrière de nos fragiles destinées humaines.

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mercredi 24 juin 2015

LA VIE MOINS UNE MINUTE.

la-vie-moins-une-minute-de-marie-de-quatrebarbes.jpgOn va faire un voyage, et après ? (…) trace ta route // Tu accepteras mes mystères et j'accepterai les tiens. Entreprendre avec Marie de Quatrebarbes le voyage que nous propose son livre La vie moins une minute suppose sûrement qu'on suive à son tour cette injonction qui me semble d'ailleurs assez clairement définir le pacte de lecture sur lequel repose toute œuvre tant soit peu singulière. Toute œuvre en tout cas bâtie sur la conscience aigüe non pas de l'existence de je ne sais quel arrière monde mais de l'opacité fondamentale de l'être et des limites de la représentation.

Ce voyage auquel nous invite le livre de Marie de Quatrebarbes passe clairement par l'enfance, le désir, les choses du quotidien, les hommes, le sexe, la famille, le merveilleux , tout un appétit surtout, peut-être trop violent de vivre qui me paraît mal dissociable d'une angoisse profonde, de l'expérience intime aussi d'une forme d'anormalité rebelle à la fois subie et revendiquée.

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samedi 20 juin 2015

QUE SONT LES GENS ? AURÉLIE FOGLIA.

COUVERTURE_GENS_DE_PEINE.jpgDrôle de mot que le mot gens. Nous nous en servons régulièrement pour désigner les autres. Les anonymer en catégories comme nous aimons faire de tout. Paresseux que nous sommes à distinguer le singulier, l'unique, sous l'étiquette commode des termes génériques. J'ai quant à moi, de plus en plus de difficultés face aux généralisations hâtives. Je déteste entendre parler des hommes en général, des femmes, des jeunes ou bien des flics. Du peuple aussi, bien sûr, pour ne rien dire des français, des arabes et même encore des politiques. Là où d'autres pensent Poésie, j'essaie de penser poèmes. Alors quand on parle devant moi des gens, je me défie de cette apparence de compassion, de cette morgue plus ou moins bien dissimulée, par laquelle parlant des autres, les uniformisant, nous nous régalons de l'illusion de notre souveraine et distincte supériorité.

Ce n'est pas exactement cette attitude que j'ai trouvée à l'œuvre dans le petit livre d'Aurélie Foglia, justement intitulé Gens de peine. Là où l'on pouvait craindre ces irrésistibles coulées de bons sentiments par lesquelles de belles âmes cherchent avant tout à exprimer leur hypocrite et tellement exceptionnelle sensibilité, l'ouvrage d'Aurélie Foglia se propose au contraire de réintégrer chacun de nos egos boursouflés, dans l'ordinaire collectif que nous formons quand même, des compris dans la masse, des promis à la mort qu'à travers la plupart de nos comportements, héros piètres, affolés à la perspective des gloires les plus infimes, nous nous refusons à être.

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mercredi 17 juin 2015

NOUS RELEVONS DE L'HISTOIRE HUMAINE. EAVAN BOLAND.

Irish_potato_famine_Bridget_O_Donnel.jpgOui. Combien de fois, cherchant à découvrir un auteur, n'avons-nous pas regretté de n'avoir pas mis mieux à profit notre temps pour nous intéresser à toutes ces choses dont nous prenons conscience, page après page, que nous ne savons rien. Ainsi privés de la possibilité d'entrer dans les profondeurs de sens ouvertes par ces œuvres dont nous sentons bien que beaucoup nous échappe, ne nous reste qu'à nous débrouiller en recourant aux lieux communs de notre culture personnelle et à l'espèce particulière de sensibilité flâneuse que l'habitude de lire des textes qui nous débordent a quand même fini par développer chez nous.
Ainsi, lisant l'anthologie de la poète irlandaise Eavan Boland, Une femme sans pays, ai-je bien regretté d'être si affreusement ignorant de l'histoire complexe de l'Irlande par laquelle l'auteur se montre de toute évidence marquée et de celle si riche apparemment de sa poésie face à laquelle elle tente tout aussi manifestement d'exprimer sa propre singularité ! Heureusement la belle et bien éclairante introduction de Martine De Clercq joue son rôle qui est - nous fournissant aussi quelques nécessaires repères - de nous aider à mieux accomplir la traversée de l'œuvre de cette poète qui, depuis près d'un demi-siècle semble explorer l'incertaine frontière, entre soi et le monde, qui partage sa vie ; celle non moins mouvante aussi, du point de vue de la vérité, qui distingue sa voix tentant de dire, des représentations ou des figures par lesquelles plus ou moins librement elle est bien tenue de passer.

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samedi 6 juin 2015

POURQUOI NOUS DEVONS LIRE JACQUES PAUTARD.

La_Condition_humaine_MAGRITTE.jpgNe cherchons pas à le nier: le livre de Jacques Pautard ''Grand chœur vide des miroirs'', n'est pas un livre totalement abouti. Long, parfois difficile à suivre et inutilement abstrait dans certaines de ses formulations, cet ouvrage risque de rebuter nombre de lecteurs qui ne parviendront pas non plus peut-être à digérer les pourtant puissantes et singulières métaphores qui en soulèvent constamment la langue penchant, par ailleurs, assez peu vers le chant.

Si pourtant nous avons trouvé nécessaire d'inclure cet ouvrage dans notre sélection 2015-2016 du Prix des Découvreurs c'est qu'au-delà de ce que le lecteur pourra - à plus ou moins juste titre - lui reprocher, ce livre reste porté par une nécessité vitale, un questionnement intime de soi-même et du monde dont il existe, je crois, peu d'exemples aussi forts dans la production poétique actuelle. Le lecteur qui en aura le courage - car il faut du courage pour lire de vrais livres - se rendra aussi compte que l'ouvrage de Jacques Pautard, issu d'un douloureux combat pour se découvrir lui-même, aborde des questions qui pour n'être pas d'aujourd'hui, sont cependant devenues parmi les plus pressantes et oppressantes du jour.

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samedi 30 mai 2015

BÊTES FÉROCES DE L'ESPOIR


COUV_BOGOLAN.pngIl n'est jamais facile de parler bien d'un vrai livre de poèmes. Ou bien on le ramène à ses thématiques, on en dégage le discours, on en réécrit le roman et cela n'a plus rien à voir avec la matière générique sensible dont il procède; ou bien on pointe des influences, des intentions, décrit des formes et cela souvent ne dit plus rien de la nature traversante du texte qui n'atteint son lecteur que par sa résonnance. N'agit que par son retentissement.

Avec le Bogolan de Julien Delmaire on n'échappera pas cependant à la nécessité comme le fait sa quatrième de couverture d'indiquer que les quarante petits tableaux dont est réalisé l'ouvrage composent finalement l'histoire d'un africain qui revenu des mirages de l'Europe et de retour au pays natal, se redécouvre étranger dans le quartier de la grande ville où il a passé sa jeunesse.

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mercredi 1 avril 2015

JACQUES DARRAS. TROIS LIVRES.

Inépuisable Jacques Darras. L'auteur d'''Irruption de la Manche'', tout juste après avoir tenté de tirer pour nous les leçons de la grande tuerie de 1914-18 avec ''Je sors enfin du bois de la Gruerie'', fait paraître, coup sur coup, chez différents éditeurs, rien moins que trois nouveaux livres qui, dans leur complémentarité, nous confortent dans l'idée que nous tenons bien avec lui l'un des poètes majeurs, les plus énergisants pour notre temps.

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vendredi 20 février 2015

JACQUES DARRAS ET LE POÈME D'ACTUALITÉ.

Jacques Darras vient de publier au Castor Astral dans la collection "Les Passeurs d'Inuits", un nouveau livre de poèmes au titre dont il a le secret: Blaise Pascal et moi dans la voie lactée. Comme le savent les lecteurs de ce blog, nous aimons Jacques Darras, pour, entre autres multiples raisons, la générosité de son écriture, la capacité qu'elle a de nous donner une plus vive et large intelligence du monde tout en nous réaccordant, de manière jubilatoire, à la vie.

Dans ce nouvel opus, comme on dit, Jacques Darras, sans rien oublier de la vaste culture dont il se nourrit, ni rien abandonner de ses exigences, nous livre une poésie d'au jour le jour, de primesaut, qui prouve une fois encore la relation étroite que la parole poétique ne peut manquer d'entretenir avec les mille et une sollicitations de l'existence quotidienne. Avec ce qu'on pourrait aussi appeler cette actualité qui n'est toutefois pas celle toute plate et finalement vide des journaux mais celle qui, courant à l'intérieur de nous, bruit, s'amplifie, traverse, emplie qu'elle est de tous ces présents du monde qu'y accueillent conscience et sensibilité, tenues constamment en alerte.

À preuve ce poème écrit suite à une intervention, un lendemain d'élection, au lycée Carnot de Bruay La Buissière :

JACQUES_DARRAS_BRUAY.pdf

vendredi 5 décembre 2014

UN POÈTE CHINOIS POUR AUJOURD'HUI: YU JIAN.

YU_JIAN.png
Nous français, sommes réputés pour très mal connaître les langues. Que dire alors de notre connaissance des poésies dîtes étrangères! Pourtant nous serions bien inspirés de nous y plonger davantage tant certains textes portés à notre connaissance par d'intrépides éditeurs et de non moins courageux et talentueux traducteurs nous semblent de nature à revivifier notre relation à ce genre, déçue parfois par des productions nationales un peu trop cérébrales .

L'accueil réservé cette année à l'extraordinaire ''Kala Ghoda'' du poète indien Arun Kolatkar dans les établissements qui participent à la dix-septième édition du Prix des Découvreurs constitue bien une preuve de la capacité d'accueil des publics scolaires, élèves et professeurs confondus, qui savent reconnaître quand une œuvre est porteuse d'une énergie vraie qui nous rend à la fois plus humains et plus forts. Le beau livre aussi de Sylvie Kandé, ''la Quête infinie de l'autre rive'' , qui nous obligeait à repenser totalement la psychologie du migrant africain, son histoire, sa culture et ses rêves en fut l'année passée malgré sa relative complexité un autre impressionnant exemple.

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jeudi 25 septembre 2014

RONCIER DE STÉPHANIE FERRAT À L'ATELIER LA FEUGRAIE.


RONCIER_S_FERRAT.JPGRoncier. Non, le livre de Stéphanie Ferrat que vient de publier l'Atelier La Feugraie, ne se veut pas impénétrable. Et même s'il se compose de nombreuses formules qui lui paraîtront plus ou moins énigmatiques, il ne cherche pas non plus à se protéger de son lecteur par de durs aiguillons. Certes, il y a quelque chose de sauvage et de hérissé dans la poésie de Stéphanie Ferrat qui emprunte d'ailleurs à la nature proche, herbes, prés, arbres, forêts, nuages, ciels, et bêtes et troupeaux, une bonne part de ses éléments ou de son matériel poétique, mais c'est que ce poète cherche davantage à se livrer toute entière à l'expérience brute, éclatée, de la présence, celle qui nous relie sans aucun discours aux choses, qu'à tenter de se rassembler dans une histoire, ou dans une pensée. Ainsi, quêtant, presque animalement, les mots venus "directement du vivant", des ouvertures "laissant passer le monde", la poésie de Stéphanie Ferrat est porteuse d'une ambition qui pourra paraître extrême. Mais dont elle a conscience. Dont elle vit. En soulignant d'ailleurs à l'occasion, sa radicale impossibilité: "il y a le devoir des signes/ le fond de la terre jamais atteint/ le feu, cette partie du rituel// il y a aussi le crâne / attaché aux nerfs plus bas// la pioche// manche planté dans l'inquiétude".

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vendredi 11 juillet 2014

VOYAGES À SAINT-MAUR DE JEAN-LOUIS GIOVANNONI.


VOYAGES_A_SAINT_MAUR.jpg"Mon enfance fait partie de ces choses dont je sais que je ne sais pas grand-chose. Elle est derrière moi, pourtant elle est le sol sur lequel j'ai grandi, elle m'a appartenu, quelle que soit ma ténacité à affirmer qu'elle ne m'appartient plus. J'ai longtemps cherché à détourner ou à masquer ces évidences, m'enfermant dans le statut inoffensif de l'orphelin, de l'inengendré, du fils de personne. Mais l'enfance n'est ni nostalgie, ni terreur, ni paradis perdu, ni Toison d'Or, mais peut-être horizon, point de départ, coordonnées à partir desquelles les axes de ma vie pourront trouver leur sens. Même si je n'ai pour étayer mes souvenirs improbables que le secours de photos jaunies, de témoignages rares et de documents dérisoires, je n'ai pas d'autre choix que d'évoquer ce que trop longtemps j'ai nommé l'irrévocable; ce qui fut, ce qui s'arrêta, ce qui fut clôturé: ce qui fut sans doute, pour aujourd'hui ne plus être, mais ce qui fut aussi pour que je sois encore."

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samedi 5 juillet 2014

LUCIEN SUEL DANS LE JARDIN DU MONDE.

je_suis_debout.gifDans un récent billet, j'évoquais Je suis debout le dernier livre de Lucien Suel, sélectionné dans le cadre du Prix des Découvreurs 2014-2015. J'y mettais essentiellement l'accent sur la pluralité et l'inventivité des formes mises en œuvre dans ce livre qui, en réponse à des sollicitations fort diverses, rassemble des textes écrits sur une assez longue période. Je voudrais aujourd'hui rendre davantage justice au caractère proprement extraordinaire et merveilleusement poétique de la démarche de cet auteur qui s'affirme aujourd'hui comme l'un des plus nécessaires en ce qu'il réaffirme visiblement la possibilité pour notre poésie de demeurer ce lieu majeur à partir duquel il nous est offert de nous éveiller vraiment au monde.

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jeudi 19 juin 2014

ENJEUX DE LA POÉSIE. JE SUIS DEBOUT DE LUCIEN SUEL.


suel-compo.jpgDésireux d'évoquer aujourd'hui ''Je suis debout'', le dernier livre de Lucien Suel paru à la Table ronde et sélectionné pour le Prix des Découvreurs 2014-2015, je ne me hasarderai pas à tenter de définir la personnalité de cet auteur qui étonne ici par la grande diversité à la fois de ses thèmes et des formes d'écriture qu'il fait momentanément siennes. Sommes-nous ce que nous écrivons? Sommes-nous ce que nous retenons, filtrons dans nos écrits, du monde ? Pas sûr qu'une telle question trouve un jour de réponse certaine.

En fait, nous ne lisons pas vraiment pour, comme on dit, découvrir un auteur. Mais pour, à travers lui, nous découvrir nous-mêmes. Voire, nous inventer de nouvelles dispositions d'être. Nous imaginer d'autres occasions d'être au monde. D'autres possibles aussi de la parole. Comme l'écrit Marielle Macé, dans son livre majeur, Façons de lire, manières d'être, "les formes que les livres recèlent ne sont pas inertes, ce ne sont pas des tableaux placés sous les yeux des lecteurs mais des possibilités d'existence orientées. L'activité de la lecture nous fait éprouver à l'intérieur de nous ces formes comme des forces, comme des directions possibles de notre vie mentale, morale ou pratique, qu'elle nous invite à nous réapproprier, à imiter, ou à défaire."

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dimanche 1 juin 2014

SUR LA MÉLANCOLIE DOUCE DE PATRICK DUBOST.

melancolie_douce.jpgComposé de 49 respirations, soit 49 courtes mais inégales séquences de parole, le tout suivi de l'indication NOIR, le livre de Patrick Dubost mélancolie douce, est écrit pour la scène. Est écrit pour la voix. Une voix à la fois une et plurielle, à qui l'auteur fait travailler le silence, mais aussi l'obscurité d'une salle qui pourraient bien n'être ici pour lui que les attributs majeurs du monde qu'il a fini, comme écrivain, par se constituer.

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jeudi 24 avril 2014

GISÈLE BIENNE. SAVOIR POUR ÊTRE LIBRE.

gisele-bienne-l-etrange-solitude-de-manfred-richter.jpgLe 15 mai prochain nous animerons à Boulogne-sur-Mer, avec la complicité de la MEL et de la Commission Livre Lecture du Rectorat de Lille, notre Journée de découverte consacrée aux littératures vivantes. L'auteur de la Ferme de Navarin, Gisèle Bienne, sera des nôtres. Occasion de revenir aujourd'hui sur ce beau roman publié l'an passé chez Actes Sud, L'Etrange solitude de Manfred Richter où le lecteur retrouvera l'univers particulier de cet écrivain qui puise dans ses racines géographiques, historiques et familiales la matière principale d'une œuvre qui fait de la compréhension du passé qui nous a façonné et des limitations que nous impose l'Histoire, le fondement d'une liberté intérieure sans cesse à élargir.

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mercredi 16 avril 2014

14-18. JACQUES DARRAS. PORTER UN REGARD LUCIDE SUR NOTRE CIVILISATION.

Je-sors-enfin-du-bois-de-la-gruerie.jpgPas plus que le grand poète américain Walt Whitman, dont il reçut tôt la révélation capitale, Jacques Darras n'a l'habitude de poser le doigt sur sa bouche. Et le chant de lui-même ( Song of myself) dont sa poésie procède n'est pas celui d'un moi étriqué, défensif , réfugié dans le pré-carré d'une écriture qui ne voudrait plus rien apprendre d'elle. C'est une sorte de puissant courant intérieur, de souffle qui à la façon de son illustre aîné se propose d'arracher les verrous des portes, arracher même les portes de leurs gonds.

''Irruption de la Manche'', le précédent livre de Jacques Darras, se plaçait dans la perspective immensément étendue des milliards et des milliards d'années qui ont fait notre monde, défini les paysages que nous contemplons aujourd'hui, ainsi que dans celle infiniment plus courte de la pourtant longue série d'ancêtres bateliers de l'auteur. Chacun pouvait y lire toute la jubilation du poète de se sentir pleinement vivant dans un monde rayonnant des énergies les plus diverses et lointaines.

Avec Je sors enfin du Bois de la Gruerie, Jacques Darras se tourne vers une toute autre généalogie bien moins entraînante, qui n'est plus celle des éléments composant l'univers, celle aussi pour lui, des fleuves et des rivières qui l'ont de si loin porté mais celle de la guerre dont nous commémorons actuellement le centenaire. Une guerre dont il s'attache à mesurer les répercussions certes, mais à partir de laquelle surtout, il entreprend, avec le concours des quelques rares esprits restés en leur temps lucides, de porter sur notre civilisation et les individus qui en procèdent, c'est-à-dire chacun d'entre nous, le diagnostic le plus clairvoyant.

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jeudi 10 avril 2014

EMPÊCHER L'ESPRIT DE TOUJOURS PLUS S'INFIRMISER AVEC ARMAND LE POÊTE.

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Ferons-nous grincer quelques dents en proposant aux élèves des collèges et des lycées qui nous accompagneront dans le cadre du prochain Prix des Découvreurs, d'entrer dans la poésie contemporaine à partir d'un ouvrage dont l'auteur annonce lui-même sur la page d'accueil de son site qu'il est dangereux pour les enfants et déconseillé par l'Education Nationale, a (sic) cause de l'orthographe ?

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lundi 24 février 2014

FAUT-IL TOUJOURS PLEURER EURYDICE? CAMILLE LOIVIER. RONDS D'EAU.


CAMILLE_LOIVIER_RONDS_D_EAU.jpg
Sans doute, " une part de ce que l'on ressent entre dans les mots". Mais les mots ne sont pas la vie. Ils n'en sont peut-être que sa direction maladroite. Une façon tâtonnante, hésitante ou comme suspendue, de voyager vers, s'adresser à. Et c'est, je pense, cette forme qu'on pourrait aussi dire "flottante" de transaction toujours un peu secrète, pour reprendre la belle expression de Virginia Woolf, que Camille Loivier, familière de la vieille pensée japonaise de l'impermanence de toute chose, marquée aussi par l'expérience du vide et de la disparition , s'est proposé d'entreprendre dans son dernier recueil, Ronds d'eau.

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dimanche 16 février 2014

SAVOIR QUAND MÊME SE RETOURNER ? FRANÇOIS RANNOU: RAPT.

Notre ami François Rannou a récemment publié aux éditions de la Termitière un ouvrage intitulé rapt. Dont un certain nombre d'articles viennent de rendre compte sur divers supports.

Nous invitons aujourd'hui nos lecteurs à s'y reporter afin de découvrir cet auteur dont l'œuvre mérite d'être interrogée. Dans sa manière bien à elle de faire se croiser divers fils d'écriture. D'ordonner par là comme une polyphonie de tous les instants que compte notre relation déchirante avec le monde. Celui qui nous traverse autant que nous le traversons. A condition de mettre dans ce verbe moins l'idée d'un franchissement pur et simple que celle qu'on trouve dans l'expression " se mettre de travers", faire obstacle. Tant dans l'esprit de Rannou cette relation est de l'ordre de l'arrachement. Et comme le dit son titre, d'une forme de violence: de rapt. Tel celui peut-être qu'en vain tenta Orphée quand il entreprit de ravir Eurydice aux Enfers.

A voir donc:

l'article de Gérard Noiret dans le numéro du 13 février de la Nouvelle Quinzaine Littéraire

l'article de Tristan Hordé sur Sitaudis

celui de Matthieu Gosztola sur POEZIBAO.

samedi 8 février 2014

JEAN-CHRISTOPHE BAILLY. DU VERSANT ANIMAL AU VERSANT POÉTIQUE.

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Le 15 février prochain, Alain Finkielkraut recevra dans Répliques, Jean-Christophe Bailly à propos d'un ouvrage paru au cours de l'année qui vient de s'écouler, Le Parti-pris des animaux (Bourgois). Nous y voyons l'occasion de revenir sur un livre plus ancien, paru en 2007, chez Bayard dans la collection dirigée par Suzanne Doppelt, Le rayon des curiosités, Le Versant animal.


C’est un beau livre. Qui parti d’un chevreuil affolé surgissant la nuit sur une route de campagne conduit à nous interroger sur le monde que nous nous préparons : un monde meurtrier aux ciels dénués d’oiseaux, aux mers, aux rivières et aux lacs sans poissons, aux forêts sans tigres et sans loups, où dans la proximité des banquises fondues n’existeraient plus que « des hommes se battant autour des points d’eau ». Jean-Christophe Bailly a le sens du vivant. De l’absolue diversité des formes de la vie qui composent l’infini paysage de l’être dans lequel nous nous mouvons tout à côté des plantes et des bêtes. Il a le sens aussi des menaces que l’arrogance des hommes, leur épaisse inconscience responsables déjà des terribles limitations imposées aux autres espèces, font courir aux équilibres que nous voyons chaque jour davantage se fragiliser autour de nous. Le Versant animal est en fait beaucoup plus qu’un beau livre. C’est un livre essentiel.

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