La seconde strophe qui passe du général au particulier souligne la problématique complexe de notre relation sensible aux choses, dépendant pour une large part de la façon dont notre culture aura informé notre regard mais aussi de cette capacité plus ou moins grande que nous avons, en chaque circonstance, de nous affranchir - du fait de la relation privilégiée que nous entretenons avec notre vie - des petits miracles utiles mais toujours un peu muselants des étiquettes.

Poésie de la toute dernière neige

allez ! c’est une géométrie la neige

neige aux vingt formes de flocon

que le premier janvier 1610 à Prague dans un petit livre qu’il offrit

au plus cher de ses protecteurs Matthäus Wackher Von Wackhenfels

l’astronome Johannes Kepler a ramenées à un précipité fabuleux de figures

une symétrie sexangulaire un ardent buisson d’angles invisible

sous l’apparente dispersion – diraient nos anciens poètes – de la blanche

semaison que les anges du ciel épandent sur la terre

ce qui fait qu’on la regarde aujourd’hui (10 mars) épineuse la neige

nous revenir en fleur de mimosa d’un hiver qui ne voulait pas

- lui non plus - finir / qu’on la regarde à travers le prisme aussi

pas trop bien calculé de notre imaginaire sans trop savoir

ce qu’on sait d’elle / chaque flocon singulier étrennant de la même façon

le rouge hier si vif du toit qu’on croyait voir enfin sans mot

pour la toute dernière ou la première fois

Georges GUILLAIN / Parmi tout ce qui renverse

NOTES:

C'est un ancien évêque d’Upsala ( la plus vieille Université de Suède) Olaus Magnus, qui distingue dans le chapitre 22 du Livre 1 de son Histoire des peuples du Nord, paru en 1550, vingt formes différentes de flocons. Et c'est le mathématicien Johannes Kepler qui, dans un opuscule datant du premier janvier 1610, intitulé Strena Seu De Nive Sexangula, rend compte de sa découverte de la symétrie hexagonale des flocons de neige qu’il attribue à une faculté qui serait également présente dans l’eau à l’état liquide et gazeux.