La belle ambition toujours pertinente de Vilar qui réclamait un théâtre élitiste pour tous ne doit pas cesser d'être notre horizon. Il y faut de la connaissance. De l'attention. De la patience. Et surtout de la passion. Une rage de la transmission. Une capacité aussi à ne pas tout confondre. A admettre les différences. A reconnaître aussi, pourquoi pas, ce qui dans certains rituels - nous pensons à quelques pratiques entre soi de lectures publiques - est de nature à enfermer la parole poétique plus qu'à l'ouvrir aux autres. Sans compter cette forme toujours très marquée en France de fonctionnement en vase clos des réseaux, voire l'incuriosité d'un grand nombre d'agents culturels qui continuent de privilégier le nom au détriment de l'oeuvre ou la pseudo-modernité plutôt que la singularité réelle.

CONSTABLE_paysage_avec_de_gros_nuages.jpgDans un ouvrage publié, il y a peu, chez Actes Sud, intitulé Le Paysage est l'endroit où le ciel et la terre se touchent, le paysagiste Michel Courajoud évoque la suractivation particulière entraînée en chaque élément qui compose la terre par le contact, la présence, de cette substance étrangère que constitue le ciel. Ajoutant que le travail du jardinier qui retourne la terre en éliminant ainsi la couche d’oxydation, en ranime l’épaisseur active, la profondeur irritable, contrariant les processus d’apaisement des surfaces confrontées, exacerbant au contraire, leur réalité propre. C’est cela en fait qui doit passer dans la rencontre entre un poète et son public. Entre la parole du poète et l'écoute qu'on lui accorde. Quelque chose de l’ordre d’une revitalisation réciproque. Une manière d’exciter au sens profond la vie, d’élargir et d’intensifier le monde. Par un changement de perspectives. La mise en relation de nouvelles présences.

Comment envisager de parvenir à ce beau résultat autrement que dans le respect de l'intelligence singulière de chacun. Loin de toute complaisance.