Plus une école en France n'ignore aujourd'hui ce qu'est le Printemps des Poètes. Auquel, à notre connaissance, la plupart des établissements s'efforcent de participer. A la hauteur de leurs ambitions, certes. A la mesure de leurs moyens.

Tout le monde ne sait peut-être pas encore cependant que l'Association que dirige Jean-Pierre Siméon et dont l'action déborde largement le cadre de cette manifestation annuelle vient de perdre en deux ans la majeure partie de la subvention que lui accordait jusque là le Ministère de l'Education Nationale. L'obligeant à se séparer de 2 de ses salariés. Sur les cinq existant.

Nous ne sommes pas au Ministère et reconnaissons aisément que cela ne doit pas être drôle tous les jours de gérer cette immense et paralysante machine dont tous les mécanismes aujourd'hui auraient bien besoin, si l'on en croit les rapports nationaux et internationaux, d'une révision complète.

Toutefois lorsque l'on voit comment, avec quelle "rage de la transmission", en l'espace d'une seule après-midi, Jean-Pierre Siméon, invité à témoigner de l'importance de la poésie dans le monde actuel, parvient, devant des élèves de Terminales de Calais, à redonner sens à un genre que les exercices scolaires ont passablement affadi, pour ne pas dire rendu quelquefois rebutant, on ne peut manquer de se désoler de voir notre Ministère décourager par son attitude la mission que l'équipe du Printemps des Poètes s'est donnée. Et qu'elle accomplit si bien.

Insistant brillamment sur le fait que si la poésie peut être, d'un point de vue littéraire, l'objet d'un savoir scolaire transmissible, elle n'est pas que cela mais représente avant tout, pour reprendre les termes du poète Georges Perros, une manière d'être, d'habiter et de s'habiter soi-même, Jean-Pierre Siméon a fait comprendre à chacun que la fonction première de l'école n'est pas seulement d'apporter des connaissances mais d'en communiquer le désir, d'en transmettre le sens. Dans un esprit d'ouverture, de curiosité, d'invention. De partage aussi. Bref, tout ce dont notre cher et vieux pays, un peu raide, a besoin pour faire face, aujourd'hui, aux défis de demain.

Il nous aura suffi d'entendre les réactions enthousiastes des élèves à l'issue de la rencontre et leur désir de voir renouveler ce type d'intervention, pour comprendre combien il est urgent que le Ministère de l'Education Nationale, dont nous ne voulons pas désespérer, revoie certaines de ses priorités.