"Le monde est trop plein" répète à l'envie le poète. Et les mots, les phrases sont impuissants à le saisir. Impuissants à conjurer la difficulté à vivre, à "déchirer le voile/diluer l'ego/l'anéantir". Dès lors, détruire dit-il. Démolir. S'arracher aux figures. "Marcher sur l'O/ marcher sur l'A/ piétiner les voyelles/ les réduire/ les vacarmer à double tour// juste pisser contre le vent". En lançant pour finir contre le monde, celui qui nous contient mais que, par le langage justement, nous contenons aussi, à l'intérieur de nous, la seule formule qui tienne, d'une ironie magique et absurde à la fois: "abracadabra".

Peut-être n'est-ce seulement qu'au prix de cette douloureuse démolition, et c'est ce que nous souhaitons à Jean-Christophe Belleveaux dont nous connaissons la souffrance, que les mots, ces "collants partenaires" deviendront comme le dit le Michaux de Mouvements: "signes non de toit, de tunique ou de palais/ non d'archives et de dictionnaire du savoir/ mais de torsion, de violence, de bousculement/ mais d'envie cinétique" et qu'ils se mettront selon le vœu d'André Breton, à faire à nouveau l'amour. Et que la poésie se fera dans un lit, dont les draps défaits ne seront plus ceux d'une "existence froissée" mais d'une aurore retrouvée des choses. Au lendemain du Grand Combat. Sur la route de San Romano .