Certes, il est des rencontres où rien ou presque n'arrive. Soit que l'intervenant, comme on dit, ne parvient pas à se livrer. Semble répéter un discours pré-construit. Soit qu'un professeur intempestif soucieux avant tout que l'intervention cadre parfaitement à ses propres attentes empêche la libre parole de son invité quand il ne choisit pas de s'exprimer à sa place. Bien entendu encore, le public d'une rencontre est terriblement divers. Chacun ne l'attend pas de la même manière. Certains n'en attendent d'ailleurs, a priori rien. Et ce qui s'ensemence là et germera plus tard personne au fond ne le connaît.

On sent bien cependant à certains éclairs de regard, certaines dispositions attentives, une certaine qualité indéfinissable aussi d'écoute que quelque chose passe. Qui redonne énergie. Produit de la présence. Fait bouger les représentations. Fait souffle. Et c'est ce que nous avons senti lors de ces dernières rencontres au lycée Carnot de Bruay La Buissière en compagnie de Jacques Darras ou encore au lycée des Flandres d'Hazebrouck et au Lycée Branly de Boulogne-sur-Mer avec Albane Gellé. Bien que de personnalités très différentes voire même opposées , ces deux poètes réinventent à chaque fois leur parole. Sans tomber dans le discours convenu. Exprimant, pour l'un toute la jubilation que procure le fait de se savoir vivant, vibrant, dans un monde dont il ne cesse d'élargir pour l'exalter, la connaissance, pour l'autre, la discrète assurance que lui procure la fermeté d'un choix de vie où les valeurs de cœur et d'écoute tiennent la place première.

Naturellement pour l'intervenant ces rencontres ont un coût. Je ne parle pas ici du coût matériel. Parfois sous-estimé. Je parle d'un coût humain. Une rencontre c'est souvent venir de loin. Abandonner pour quelques jours sa famille. Et le travail en cours. Accepter la fatigue et le stress de journées où l'on a que peu d'occasions de se retrouver, pour souffler, seul. Sans compter les soirées qui se terminent tard. Les chambres où l'on n'a pas ses habitudes. Dans lesquelles on dort le plus souvent bien mal...

Si les poètes acceptent pour quelques poignées de dollars de passer par-dessus ces diverses épreuves ce n'est pas seulement pour certains qui en vivent, par nécessité pure. Ni par narcissisme. Mais parce que beaucoup savent à quel point, vu le déni général d'existence dont souffre la poésie dans notre société, il est nécessaire d'aller témoigner partout de son importance. Et de la secourir d'une parole qui permette d'en mesurer à quel degré d'élargissement d'être, elle est capable de nous porter.

Et c'est tout le mérite qu'on ne dira jamais assez de tous ces professeurs, de lettres, de langues, d'arts plastiques ou documentalistes mais aussi des équipes de Direction qui les soutiennent que de favoriser la mise en place dans les meilleures conditions, de ces rencontres vitales. Qu'ils en soient à nouveau remerciés.

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