Nous nous réjouissons de découvrir à la lumière de cette proposition du CNL que ce dernier se préoccupe de la place occupée par la Littérature dans les dispositifs d'éducation artistique qui jusqu'ici l'ont bien trop largement tenue à l'écart au motif que la Littérature était déjà enseignée dans les classes à travers les cours de français. Nous nous réjouissons de la perspective de voir de plus en plus d'écrivains et de poètes venir rencontrer les élèves dans leurs classes, les accueillir aussi dans les bibliothèques, les librairies, les théâtres… pour partager avec eux pas seulement leurs savoirs, mais surtout leurs pratiques et l'expérience sensible qu'ils ont de la langue, des langues et du monde en général.

Nous ne nous sommes jamais résignés à voir un peu trop écartés des dispositifs dits d'éducation artistique ces artistes dont le travail consiste à mettre à l'œuvre cette parole singulière, toujours plus nécessaire à la constitution de notre vulnérable liberté.

Les résultats des élections qui viennent de se dérouler montrent à quel point nous sommes aujourd'hui menacés par un lourd déficit de pensée, d'imagination, d'ouverture, de solidarité et de confiance. C'est-à-dire finalement de parole et d'échange. Il est bon que les efforts des écrivains et des institutions qui les soutiennent aillent vers ceux qui ont le plus besoin des mots. Ceux qui sont porteurs de lumière. Parce qu'ils sont porteurs aussi de mystère. Et d'interrogation.

Nous ne nous attristons donc pas à l'idée qu'un organisme institutionnel vise en priorité l'éducation. Qu'il songe à y associer les écrivains et les poètes.

Mais quand on voit les millions d'euros, par ailleurs, gaspillés par les responsables étatiques dans le domaine, par exemple des chaines publiques de télévision, gaspillage mais également consternantes dérives en matière d'acculturation de leurs publics, dont se fait aujourd'hui l'écho un bien intéressant article publié sur le site du Nouvel Observateur , on est en droit de se demander si c'est à des structures comme le Printemps des Poètes, hier, ou la MEL aujourd'hui, de participer à l'effort collectif de réduction des déficits! Si même, a contrario, il n'incomberait pas à l'Etat de tenter de réduire davantage encore, à travers ces associations, les graves déficits d'intelligence et de créativité dont il semble que notre société soit aujourd'hui victime. Ouvrir une école c'est fermer une prison! Chacun connaît bien entendu ce mot célèbre de Victor Hugo. Faites entendre au plus large public possible la voix des écrivains, libérez la de ces ghettos dans lesquels elle s'enferme ou se trouve recluse et vous réduirez le champ de la bêtise distraite qui ne vit que d'informations tronquées fabriquées par les lobbys des plus désespérantes espèces. D'addictions aux mirages décervelants de l'industrie du sport et du spectacle.

Plus que jamais, nous avons besoin de pensée. D'invention. De développer partout une meilleure intelligence du monde. Et de soi-même. Soutenons pour cela les écrivains, les poètes. Dont le statut souvent précaire d'une trop grande partie d'entre eux, et loin d'être les pires, est indigne de notre Histoire.

Les Découvreurs ne peuvent par conséquent que réclamer plus de moyens pour des associations comme la MEL. Et que ces moyens accordés cessent partout d'être considérés comme une charge dont on aimerait se délester mais comme un placement dont attendre qu'il contribue à assurer et enrichir notre commun avenir en détournant de nous les noirs orages qui menacent.

Et si nous ne pouvons qu'applaudir à l'engagement apparent de l'Etat en faveur d'un égal accès des jeunes à l'art et à la culture, donnant toute leur place aux écrivains et aux poètes, nous réclamons aussi que soient trouvés pour cela des moyens spécifiques qui ne retirent pas à ces mêmes écrivains et poètes le peu qu'on leur laisse déjà, pour vivre de leur art.