On n'a rien à raconter/ mais on a toujours/ quelque chose à dire articule une des composantes de cette voix. De fait il ne s'agit pas de savoir si les histoires qui nous sont exposées - celles du vendeur d'armes qui s'est fait sauter la cervelle ou pas, celle de la boulangère qui distribue ou pas ses petits pains, celle de la petite fille de sept ans qui a tué ou pas ses parents, de la femme qui a perdu ou pas sa chaussure, de la fille dont le frère a reçu ou pas une girouette sur la tête, de celle qui s'est enrôlée ou pas dans l'armée, des cinq types qui promènent un chien, le même, à l'intérieur d'un cimetière, en le tenant chacun par une laisse - tentent de prendre en charge celles de personnes réelles. Évidemment non. Cela n'existe que dans la parole et comme l'écrit Dubost, dans le corps d'une seule voix qui se démultiplie/ et dit à plusieurs voix/ce que dit par une seule.

Ce qu'est en fait cette voix qui se donne à entendre, n'a rien d'une évidence. Si ce n'est celle de sa simple présence. Libérée, inspirante, expirante. Toute entière spectacularisée. De manière à pouvoir dessiner dans l'espace de la représentation les motifs souvent paradoxalement violents d'un imaginaire qu'on pourrait dire "flottant". Y laissant filer sa drôle de petite musique. Qui est comme l'indique le titre celle d'une mélancolie douce. Celle qu'à bien l'écouter génèrerait le fait de ne jamais avoir clairement su qui elle était, ni à quoi elle ressemble. Ni vers où elle allait. N'ayant pour seule certitude que la nuit lui va bien. Donnant tout son relief, à la figure subtile, insinuante et presque caressante par moments de la mort accompagnatrice.

Voila qui devrait donner à réfléchir à ceux qui, prisonniers de l'image un peu rapide que donne de Patrick Dubost, en performance, son alias Armand Le Poëte, aborderaient l'œuvre de cet auteur en négligeant la part fondamentale d'inquiétude et de pessimisme existentiel qui en profondeur la nourrit. Nous ne rions jamais./ Sinon par erreur./ Nous sommes/ mélancoliques. avertit d'ailleurs d'entrée de jeu la voix qui prend possession de la scène. Car à ne reposer que sur la parole on ne peut que douter de son effective réalité. Se percevoir au fond comme un objet sans bord. Qui ne s'appartient pas.