Figure d'une réinvention permanente de soi, la route n'est pas seulement chez Jacques Pautard, le moyen comme l'écrit Walt Whitman de "s'affranchir des limites et des lignes de démarcation imaginaires" que nous imposent les divers ordres sociaux, elle est aussi la voie par laquelle s'ouvrir à cette connaissance de soi échappant aux mensonges de la figuration, de la conscience maquignonne, tentant de se représenter idéalement soi-même. Toujours en avant de soi, la vérité vers laquelle nous oriente la route n'est donc pas celle, immobile, que nous tendent les miroirs, mais celle d'un "pur vivant" se dérobant sans cesse et dont la quête, qui n'est pas sans rappeler celle en effet de Rimbaud, garde, partie liée avec l'enfance, la jeunesse.

Aujourd'hui presque septuagénaire, Jacques Pautard qui vit dans le modeste appartement d'une petite cité HLM de Besançon, ne parle plus de la route et des rencontres qu'il y a faîtes, qu'à l'imparfait. Certes, avec toute la vigueur encore de ses vertes années mais dans la compréhension désormais de la faille constitutive qui conduit l'être, voulant se dire, à se réduire quoi qu'il fasse à son mirage. De ne pouvoir s'appréhender qu'à travers l'imposture toujours recommencée de lui-même.

C'est au poème alors qu'il demande de l'embarquer à son tour en stop. Pour le mener vers de nouveaux carrefours où reprendre son rêve de chair et d'os à la rencontre d'un monde dont il sait maintenant qu'il ne peut s'appartenir qu'à la condition de ne jamais "se devenir".

Dans la continuité de notre action qui vise à remettre en question nos hâtives et présomptueuses identités, par la confrontation à la pluralité de ces autres singuliers que sont les textes de poésie nous proposons aujourd'hui, grâce à l'amabilité de son éditeur, la lecture d'un des poèmes de Grand chœur vide des miroirs, poème très significativement intitulé Atlas dans lequel Jacques Pautard évoque la personne d'un ouvrier d'origine algérienne, surnommé Le Mouchi. Un de ces maçons qui, dans les années soixante ont bâti la France moderne mais que les français n'auront considérés que comme "du matériel humain". En attendant que les intellectuels gâtés d'aujourd'hui dénoncent, avec toujours le même sentiment profond de la supériorité de leur nature et de leur civilisation, l'aliénation religieuse dont ils seraient maintenant victimes.

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