Voici les toutes premières strophes du fabuleux poème, justement intitulé Ecartèlement, que M. Deslogis consacre à cet évènement. Nous y verrons comment, pour reprendre ses mots, notre Archiloque "polit la graine de la pensée et nourrit la part la plus profondément humaine du citoyen":

"Du dénudé nappé d'art, tant la star brille,/ Au contre-vent qui mis à nu tous nous les brise -/Écart...

J'ai vu la rue a vu l'aveugle aussi par mime / A vu la nue qui prudemment titille /À la normale à peine. Alors, là, fallait-il/ Aliéner l'humanique esthétisme ?/ En s'écartant.

Et cependant si les seins ne sont qu'aux filles/ L'émasculé, lui, est Président Où est la crise ? / En Syriak islamisque au commandant Poutine ?/ Ou en Chomdu ? Et non ! En #gateàpine ! / Écart..."

(sic, sic et resic!!!)

Écart! Oui, écart! Il y a loin souvent entre les envolées programmatiques de ceux qui attribuent à la poésie la merveilleuse capacité de transformer le monde, les rodomontades de certains qui prétendent par la puissance de leur verbe nous dessiller les yeux sur les horreurs ou les médiocrités de notre condition, et les bornes étroites entre lesquelles leur pensée ou leur langue se meuvent.

De tous temps, sauf quelques grandes exceptions, la parole des poètes s'est montrée inférieure à leurs attentes. C'est qu'entre la conception et la création, entre l'émotion et la réponse comme disait TS Eliot ( The Hollow Men, Les Hommes creux) tombe l'ombre. Et qu'il est plus facile de se vouloir l'interprète des dieux, l'instituteur des peuples ou de rêver comme Rimbaud, d'une langue qui soit de l'âme pour l'âme que de se hisser par ses œuvres à la hauteur de ces ambitions. Et peut-être que la poésie dont la nécessité n'est pour moi pas en cause souffre, comme la politique d'ailleurs, des forfanteries de ces caboches pleines de vent qui périodiquement la discréditent et ne peuvent qu'occulter le fait que dans toute son actuelle diversité elle constitue, comme art, un mode complexe, personnel, singulier et par suite irremplaçable, de penser le monde dans sa relation avec la langue et inversement, et de se penser soi-même au cœur de cette relation. Ce qui devrait impliquer pour chacun un minimum d'exigence. D'interrogation. Et de conscience de ses propres limites.

Un retour sur le passé est toujours éclairant. C'est pourquoi nous donnons ci-dessous un petit dossier reproduisant des extraits d'un ouvrage de vers publié en 1835 par un duo d'obscurs poètes qui ambitionnaient eux aussi de révolutionner le monde. Cet ouvrage intitulé justement En Avant pourrait en faire réfléchir plus d'un sur la vanité de leur "engagement" et de leur positionnement poétiques. Le lecteur attentif y verra de manière éclatante à quel point nos jeunes poètes romantiques se berçaient d'illusion. Guidés qu'ils étaient en fait par de grossières mais inconscientes motivations narcissiques. Un désir au bout de paraître et de séduire.

Le lecteur curieux qui ouvrira ce dossier sera sûrement aussi très intéressé de voir comment l'un de ces deux jeunes poètes ratés devenu journaliste se mettra - sous pseudonyme - à éreinter, de manière d'ailleurs assez drôle et même parfois pertinente, les gloires qu'il avait célébrées quelques années plus tôt: Victor Hugo, Lamartine. Et les poètes en général!!!

DOSSIER_POESIE_ROMANTIQUE_SYLVIUS.pdf

Écart!