C'est pourquoi nous aimerions proposer pour l'année à venir un livre que les éditions Caractères viennent de nous adresser: celui du poète chinois Yu Jian, qu'a traduit Chantal Chen-Andro sous le titre rose évoquée. On croit connaître la poésie chinoise à laquelle François Cheng a naguère consacré un livre passionnant . Mais comme on croit connaître notre poésie nationale. C'est à dire en la ramenant à quelques clichés hérités de la tradition scolaire. L'ouvrage de Yu Jian en surprendra ainsi plus d'un par sa modernité et l'audace avec laquelle il affronte les réalités les plus simples et crues de la vie quotidienne, contredisant au passage, comme y revient un passage de l'émission Culture Monde consacrée à la poésie chinoise, l'image que nous nous faisons de la question de la censure dans la Chine actuelle (voir Note ).

Pour que chacun puisse se faire une petite idée de l'écriture de ce poète qui entrera très prochainement dans l'édition que la bibliothèque de la Pléiade consacrera à la poésie chinoise, nous proposons à nos lecteurs de découvrir le poème liminaire de rose évoquée, intitulé Vingt ans. Nul doute que ce texte qui n'est pas sans faire penser un peu à la belle chanson de Léo Ferré , trouvera son écho chez nos jeunes lecteurs. Qui pourront s'ils le veulent de même que leurs professeurs nous contacter pour nous encourager à inclure le livre de Yu Jian dans notre prochaine sélection.

YU_JIAN_VINGT_ANS.pdf

NOTE

Le poète et traducteur Li Jinja, qui a traduit le fameux Dossier 0 de Yu Jian dans lequel ce dernier dénonce sur le mode caricatural les fameux dossiers secrets que les autorités chinoises élaborent depuis Mao sur chacun des 1 milliard 350 000 habitants qu'ils prétendent contrôler, révèle ainsi que les tabous sexuels peuvent être plus puissants en Chine que les tabous politiques. Et qu'à la condition de ne pas attaquer de front la politique du régime une assez grande liberté d'expression est laissée aux artistes. Pour preuve il donne le fait que dans rose évoquée, livre qui ne donne pas toujours une image très positive de la société chinoise , un seul vers a été supprimé par la censure dans l'édition standard: celui pourtant relativement discret qu'on retrouvera dans Vingt ans et qui évoque la masturbation.

On opposera quand même aux propos de Li Jinjia ce que révèle un article du ''Monde'' datant de décembre 2012 dénonçant le sort réservé au poète Li Bifeng soupçonné d’avoir facilité l’évasion de Chine d'un autre poète coupable d'avoir publié à l'étranger un livre dénonçant la situation faite aux chrétiens dans son pays.