Parallèlement , je demeure atterré quand je reçois comme cela vient de m'arriver ce matin, les vœux endimanchés d'une Dame-Poète, apparemment couronnée de nombreux prix internationaux, qui ose pour introduire ses piteux assemblages de vers, aux incohérences dignes du pharmacien Homais, prétendre qu'après les évènements qui nous ont bouleversés la vie reprend doucement (sic )son cours et qu'elle espère qu'avec ses vœux, la culture, l’art… notre parole, notre poésie changeront la face du monde. Rien que ça.

Allez, je sens que chacun d'entre vous qui me lisez souhaite pouvoir découvrir ce texte admirable qui fera barrière aux bombes et aux kalachnikovs.

Voici.

La pluie ruisselait

Je suis sortie

plonger dans son souffle

Parmi les gouttes

il y avait des mots

qui survenaient - fuyaient

Je les ai ramassés

    les ai contemplés

Je les ai étalés le long de mon âme

Ils se sont mis à dire l’harmonie

avec pour horizon

la nouvelle année

                        Je vous les envoie

Certes, je n'ignore pas que la plénitude de l’âme déborde quelquefois par les métaphores les plus vides. Et que la parole humaine comme l'écrivait Flaubert est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles. Mais ce qui est vrai des personnes ordinaires est précisément ce à quoi les poètes cherchent ou devraient chercher avant tout à échapper. Faute de quoi leur énergie peut être mise clairement au compte non plus d'un "vouloir être" mais d'un " vouloir saisir". Une place de préférence. Un poste. Ou moins cyniquement un rang dans la légion des pauvres têtes molles chez qui l'esprit ainsi que le disait Orwell est réduit à l'état de gramophone.