Après, d’Erich Maria Remarque est un livre émouvant, bouleversant même, qui permet d’approcher non seulement les monstrueux dégâts psychiques qu’occasionne la guerre sur les hommes qui en réchappent mais aussi le sourd égoïsme de ceux qui sont restés comme on dit à l’arrière. Centré sur les émotions, les interrogations et les choix d’un jeune normalien, Ernst, que la guerre a arraché aux illusions romantiques de ses toutes premières années, Après fait comprendre de l’intérieur –comme s’y entend si aisément le roman - comment l’atroce boucherie de 14-18 aura pu colorer la destinée de ces millions d’existences qu’elle aura pris dans ses filets. Et comment parallèlement, nos sociétés, par la recherche aiguisée des satisfactions individuelles, normales, qu’elles promeuvent, restent peu attentives, pour ne pas dire sourdes, aux réclamations légitimes, devenues anormales, de ceux qu’elles ont pu naguère sacrifier.

C’est pourquoi, comme on peut le lire dans un autre roman de la reconstruction, le Réveil des morts, de Roland Dorgelès, le roman de Remarque se clôt, si l’on met à part l’Épilogue, qui propose quand même une fragile voie de salut, sur la vision fantastique et désespérée, de ces légions de morts trahis qui se redressent péniblement hors de leur tombe pour, « à travers les cœurs », livrer leur dernière bataille qui est de faire entendre et reconnaître la plainte immense d’une « jeunesse morte avant d’avoir pu continuer à vivre ».

Il y a de l’abattement, de la résignation, du désespoir, du cynisme, mais de la rage aussi dans le cœur des divers personnages que met en scène E.M. Remarque. Cette rage qui anime Ernst et certains de ses amis face à l’impudence de ceux qui prétendent les juger du haut de leur prétendue supériorité morale ou sociale, peut être mise en parallèle avec un beau texte de P.P. Pasolini que les éditions NOUS viennent récemment de mettre à la portée du public en introduction à la publication du poème filmique en prose et en vers, justement intitulé La Rage, du célèbre cinéaste italien.

Nous donnons à lire ci-dessous ce texte intitulé Traitement qui a aussi l’intérêt à nos yeux de revenir sur le rôle du poète et de l’artiste en général dans cette époque où jamais les raisons d’exploser n’auront été aussi grandes mais où l’art semble gentiment privilégier les questions de formes ou de divertissement aux questions de contenu.

Nous aurions aussi aimé pouvoir donner de nombreux extraits du livre de Remarque, chose qui, bien entendu, ne nous est légalement pas permise. Nous nous bornerons donc à l’une des toutes dernières évocations de l’ouvrage dans laquelle on voit un des compagnons d’arme d’Ernst, le sous –lieutenant Georg Rahe, revenir, pour s’y suicider, sur les lieux où il a combattu, en Flandres. Ce passage nous permettra de compléter le travail que nous avons mené avec le lycée Berthelot de Calais et notre amie Gisèle Bienne, sur les Paysages de la Grande Guerre.

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PASOLINI_LA_RAGE.pdf
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