Rien ne permet de douter de ce que rapporte ici dans son Journal en date vraisemblablement de novembre 1914, Aurel, l’épouse du journaliste Alfred Mortier, avec laquelle Apollinaire , une fois engagé échangera quelques lettres. Oui, Apollinaire fut profondément affecté et cela bien avant même de les découvrir au front, par les horreurs et les souffrances engendrées par la guerre. S’il n’en fallait qu’une preuve complémentaire, nous pourrions prendre ce passage d’une lettre à A. Billy du 3 juillet 1915 où il lui parle des corps explosés, des morceaux de main utilisés comme porte-manteaux et écrit : « Si tu voyais ce pays, ces trous à hommes, partout, partout ! On en a la nausée, les boyaux, les trous d’obus, les débris de projectiles et les cimetières. On est si près Français et Boches que l’emploi des bombes est démesuré et qu’il n’y a guère besoin de montrer sa tête pour être tué ».

S’il est ainsi peu discutable que l’homme Apollinaire se soit montré vivement affecté par les atrocités dont il fut, en première ligne, le témoin, reste que la façon dont le poète s’empara de ces réalités pour les intégrer à son œuvre, a posé longtemps question au cours du siècle passé. Certains parmi les meilleurs n’hésitant pas à faire reproche à l’auteur des Calligrammes d’avoir, sinon fait l’apologie de la guerre, du moins , comme l’affirma André Breton dans ses Entretiens, de n’avoir pas su affronter dans ses poèmes «les pires réalités de l’époque ». Et de s’en être détourné au bénéfice d’une cynique activité de jeu.

Voir la suite dans notre Dossier illustré comprenant des poèmes d'Apollinaire, des extraits de lettres, des jugements sur l'œuvre ainsi qu'un récapitulatif sur l'engagement combattant d'Apollinaire.

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